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Point fort

Bien manger pour bien entendre…

On le sait peu, mais une mauvaise alimentation peut avoir un impact non négligeable sur la santé de nos oreilles. Un régime sain et équilibré contribue à préserver sur le long terme notre capital auditif. 

« Que ta nourriture soit ton médicament et que ton médicament soit dans ta nourriture » disait déjà Hippocrate, il y fort longtemps. Soupçonné il y plus de deux millénaires, le lien entre alimentation et santé est aujourd’hui largement reconnu et documenté par une multitude d’études scientifiques. Ce que l’on sait moins en revanche, c’est qu’il existe également un lien entre alimentation et santé auditive. 


En 2019 déjà, une étude menée par des scientifiques de l’Ecole de médecine de l’université de Harvard et portant sur plus de 3000 femmes âgées de plus de 50 ans suivies durant trois ans, montrait ainsi qu’une alimentation saine diminuait d’environ 30% le risque de développer des troubles auditifs en lien avec l’âge, en particulier pour les fréquences moyennes. « Une mauvaise alimentation peut impacter l’audition de plusieurs manières, explique Tanya une nutritionniste fraichement diplômée et établie à Neuchâtel. L’oreille interne est un organe particulièrement fragile et des déséquilibres alimentaires peuvent au fil du temps l’altérer. Ainsi une alimentation très riche en graisse et sucres favorisera la survenue de phénomènes inflammatoires et surtout des problèmes de circulation sanguine au niveau de la cochlée. En outre, les carences en vitamines connues pour leur propriétés antioxydantes auront également un impact sur les cellules ciliées de l’oreille interne». 


Junk food… 

« Une alimentation centrée sur ce que l’on appelle trivialement la junk food, c’est-à-dire basée sur de mauvaises graisses et un apport exagéré en sucres induit une bien plus forte probabilité de déclarer une hypertension artérielle et/ou un diabète lance un ORL sédunois. Or ces deux pathologies sont des maladies systémiques qui sont très souvent associées à des problèmes auditifs. De mon point de vue, préserver sa santé auditive commence d’abord par préserver sa santé d’une manière générale » Que faire alors ? La réponse est simple : adopter un mode de vie équilibré basé sur des activités sportives régulières et une nourriture saine, fondée sur une large variété de fruits et de légumes, si possible de saison, les viandes rouges ainsi que les produits riches en graisses étant consommés avec modération. 


Au-delà de ces principes généraux, certains aliments/nutriments ont un impact plus spécifique pour préserver ses fonctions auditives. Les aliments riches en omégas 3 (saumon, thon, sardines, chou, noix) joueraient un rôle particulièrement important grâce à leur propriétés anti-inflammatoires et vasculaires. Une étude datant de 2010 publiée dans le American Journal of Clinical Nutrition a ainsi montré qu’une consommation régulière de poisson, au moins deux fois par semaine, limitait le risque de survenue de perte auditive liée à l’âge, la fameuse presbyacousie, de plus en plus fréquente sous nos latitudes en raison du vieillissement de la population. 


Vitamines 

Et ce n’est pas tout : les vitamines, en particulier les vitamines A, B9, B12 et E ont un rôle reconnu sur la protection de la cochlée et ses cellules ciliées. De même, des études ont montré que les personnes consommant du magnésium (graines et oléagineux, légumes et fruits secs, bananes, fruits de mer) présentaient une moindre vulnérabilité aux pertes auditives liées au bruit. « Dès lors que l’on a une alimentation équilibrée, il est inutile d’avoir recours à des compléments alimentaires qui du reste, en cas de surdosage peuvent être nocifs, conclut Tanya. En revanche, ils ont tout leur sens en cas de carences qui peuvent apparaître avec l’âge ou en association avec certaines pathologies. Là, il ne faut pas hésiter à en prendre, mais sous la supervision d’un médecin ».

13 octobre 2025

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Dans les cantons

Sourde et sergent dans l’armée suisse!

Charline Barras est jeune, Valaisanne, et dotée d’une volonté d’acier. Au point qu’elle a fait plier l’armée suisse qui, face à sa détermination, a dû se résoudre à l’incorporer dans ses rangs. Une première historique ! 

La jeune Charline Barras n’est pas n’importe qui. Elle est en effet la première sourde/malentendante à avoir réussi, contre vents et marées, à intégrer les rangs de l’armée suisse, en janvier 2023. Née sourde il y a 22 ans, et doublement implantée cochléaire, elle oralise parfaitement, au point qu’on ne soupçonnerait même pas son handicap auditif. 


Véritable « garçon manqué » selon ses propres termes, sportive et volontaire, elle poursuit sa scolarité avec succès, malgré les difficultés liées à sa surdité et en travaillant beaucoup, au point de décrocher en 2021 un CFC d’assistante en soins et en santé communautaire. Seulement voilà : son véritable objectif, c’est l’armée, que de très longue date, elle rêve d’intégrer. Mais entre le rêve et la réalité, il y a un grand pas, qu’elle finira néanmoins par franchir, en dépit de tous les obstacles dressés sur son chemin. 


Recrutement 

A la vénérable institution, elle indique d’emblée, dès l’âge requis enfin arrivé, son intention d’effectuer son service militaire. Sans grande surprise, elle est recalée à l’issue des deux jours de recrutement, pour raisons médicales. Et pour cause : le règlement militaire exclut explicitement les personnes présentant de graves problèmes visuels ou auditifs. Pas question donc pour l’armée d’incorporer une femme sourde et implantée cochléaire, une décision ressentie par Charline comme « un véritable coup de couteau ». 


Mais c’est sans compter sa détermination : soutenue par sa mère, la jeune femme introduit un recours, à la suite duquel elle doit se présenter à Berne. « J’ai alors expliqué ma situation, et ils m’ont dit « non », raconte-t-elle. J’ai insisté, pour essuyer encore un refus. Alors, ils m’ont proposé de faire la protection civile ou de rejoindre la Croix rouge de l’armée. Là, c’est moi qui ai dit non, parce que je voulais l’armée et rien d’autre », rigole-t-elle aujourd’hui. 


Sans armes 

De guerre lasse, l’institution lui propose un compromis : intégrer ses rangs, mais à condition qu’elle ne porte pas d’armes et ne conduise pas de véhicules. Marché conclu et en janvier 2023, voici la jeune Valaisanne qui entame fièrement son école de recrues, en uniforme. 


Et là, tout se déroule à merveille. « Cela s’est super bien passé, explique-t-elle, même si cela a été un peu compliqué au début, car c’était l’hiver et recourir à la lecture labiale avec la nuit qui tombait si tôt n’était franchement pas évident. Mais mes camarades ont été des amours, ils n’hésitaient pas à répéter si besoin alors que dans ma caserne, le commandant ne s’était même pas rendu compte que j’étais sourde. Même mon lieutenant ne l’a su que vers la fin, quand j’ai dû me rendre en urgence à Genève changer les piles de mon implant cochléaire… » Et de conclure : « L’armée a été sans aucun doute la plus belle expérience de ma vie et je ne la regrette pas du tout. Elle m’a permis de me surpasser, de prendre confiance en moi et de développer quelque chose en plus. J’espère donc que cela montrera à tous les autres sourds et malentendants qui veulent faire l’expérience militaire qu’il ne faut pas céder aux médecins de l’armée ». 


Retour à la vie civile 

Après l’école de recrues, la soldate Barras passe un mois à l’école de sous-officiers, puis quatre mois de paiement de galons pour devenir enfin sergent dans les troupes sanitaires. A l’issue de son service, celle qui entend encore suivre ses cours de répétition annuels dans les années à venir, a repris sa vie civile et travaille dans les soins à domicile, en attendant d’exaucer un autre rêve, elle qui, sportive dans l’âme, vient de terminer une formation d’entraineur sportif individuel. « Les soins à domicile, ce n’est pas ce que je préfère, et j’entends plutôt me consacrer au monde du sport avoue-t-elle. Et si je n’y trouve pas d’emploi, je m’installerai à mon compte en tant que coach sportive. Cela fera un rêve de plus à réaliser ».

13 octobre 2025

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Dans les cantons

A Genève, bientôt un guichet administratif pour les personnes sourdes et malentendantes

Suite une motion déposée il y un an et demi, le Grand Conseil genevois vient d’accepter à l’unanimité le principe de la création d’un guichet unique destiné à soutenir les personnes déficientes auditives dans leurs démarches administratives. La balle est désormais dans le camp du Conseil d’État. 

C’est un grand pas que le canton de Genève s’apprête à accomplir en faveur de l’inclusion des personnes sourdes et malentendantes. En août 2023 en effet, un groupe de députés emmenés par Francisco Taboada, patron d’une société de gestion et… athlète paralympique en raison d’une cécité qui l’a frappé depuis son plus jeune âge, déposait une proposition de motion invitant le gouvernement genevois à « créer un guichet étatique unique pour les personnes sourdes et malentendantes afin de les soutenir dans leurs démarches administratives ».


« Ces personnes n’ont pas de répondants envers qui se tourner en cas de besoin d’information et/ou de soutien, car il n’existe pas de structures adaptées à leur handicap, peut-on ainsi lire dans l’exposé des motifs accompagnant la proposition de motion. Alors qu’il est déjà difficile pour des personnes ordinaires de procéder aux démarches administratives fastidieuses requises par le canton de Genève, il l’est davantage pour les personnes sourdes et malentendantes.». 


Accès garanti et amélioré 

« Selon nous, il est important que l'accueil des personnes sourdes et malentendantes au niveau des services publics soit garanti et amélioré, explique le député Laurent Seydoux, qui a cosigné la motion. C’est d’autant plus important lorsque l'on tient compte également des personnes âgées, de plus en plus nombreuses, et qui présentent des troubles de l’audition. D’une manière générale, il est donc important de faire en sorte que l’ensemble des personnes ayant des déficits auditifs se sentent pleinement intégrées dans la société ». 


Signe du consensus qui entoure cette démarche, la motion a été adoptée cet été, après plusieurs mois de travaux, à l’unanimité des membres de la Commission des affaires sociales chargée de l’étudier, mais aussi à l’unanimité des 75 députés au Grand Conseil présents le jour du vote. « A Genève, ce sont entre 500 et 600 personnes qui sont concernées, hors personnes âgées avec troubles de l’audition » a ainsi expliqué Francisco Taboada, lors de son audition par la Commission des affaires sociales. « Ces personnes connaissent des obstacles qui les empêchent d’effectuer de nombreuses démarches, alors même que les articles constitutionnels au niveau fédéral et cantonal garantissent l’accès aux prestations, quel que soit le handicap ». 


La balle est désormais dans le camp du Conseil d’Etat qui, d'ici la fin de l'année, doit préparer un rapport à l'intention du parlement comprenant notamment une estimation budgétaire. Si le Grand Conseil accepte, le projet pourra aller de l'avant et des modifications légales ainsi que des augmentations au budget seront déposées. S'il n'est en revanche pas satisfait de la réponse, le délai sera prolongé de 6 mois pour élaborer une réponse à la motion. 


Mesures concrètes attendues 

« Cette motion n’est certes pas contraignante, mais j’ai bon espoir pour la suite, pronostique Laurent Seydoux. C’est désormais le Conseil d'État qui doit revenir avec des mesures concrètes. Très vraisemblablement, l’une de ces mesures sera la retranscription des débats du Grand Conseil en langue des signes, inexistante à ce jour. On a longtemps pensé que le sous-titrage suffisait avant de prendre conscience que bien des jeunes ayant des déficiences auditives présentent également des troubles de l’apprentissage qui ne leur permettent pas de lire à une vitesse suffisante ».

13 octobre 2025

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Point fort

«Ecoute Voir» ou la passion de rendre la culture accessible aux malvoyants et malentendants

Depuis exactement 10 ans, l’association Ecoute Voir, basée à Yverdon-les Bains, œuvre pour l’accessibilité des arts vivants aux personnes handicapées sensorielles. Pour les malentendants en particulier, elle offre un très précieux surtitrage des spectacles, un peu partout en Romandie.


C’est bien connu. Qui dit handicap dit exclusion sociale, mais aussi culturelle. De fait, des milliers de personnes présentant une perte auditive ou visuelle vivent exclues de la magnifique offre culturelle dont la Suisse regorge pourtant.


En 2004 pourtant, la Suisse adoptait dans l’article 8 de la Constitution fédérale, une Loi sur l’élimination des inégalités frappant les personnes handicapées, la célèbre LHand. Seulement voilà : 20 ans après son entrée en vigueur, l’accès à la culture en reste le parent pauvre. Et c’est forte de ce constat que dès 2014, Corine Doret Bärtschi décide de fonder l’association Ecoute Voir, avec pour objectif de proposer l’audiodescription de théâtre ou d’opéra au public malvoyant.


Fusion

En 2020, elle est rejointe par Anne-Claude Prélaz Girod, fondatrice du Projet Sourds&Culture dont l’objectif est similaire, mais cette fois-ci en direction d’un public sourd et malentendant, et auquel est proposé une interprétation en langue des signes française de pièces de théâtre. Objectifs similaires, volonté commune de servir, les deux responsables décident de fusionner leurs deux associations, en conservant le nom « Ecoute Voir », qui résume très bien l’ensemble de leur projet commun : permettre l’accès à la culture et aux loisirs aux personnes en situation de handicap sensoriel.


Depuis, le panel de prestations proposées par Ecoute Voir s’est enrichi d’un volet fondamental pour les malentendants : le surtitrage. « Il manquait en effet quelque chose pour les malentendants, observe Marie-Odile Cornaz, responsable de ce projet au sein de l’association. C’était une volonté des deux fondatrices d’élargir notre offre, pour proposer un soutien supplémentaire à ce public, du reste en complément avec les boucles magnétiques dont tous les théâtres ne sont malheureusement pas forcément pourvus ».


En 10 ans, ce sont ainsi pas moins de 45 œuvres qui ont été proposées en surtitrage, dans divers cantons romands, particulièrement Vaud et Genève. Un chiffre impressionnant si l’on prend compte la titanesque charge de travail que cela implique, puisqu’en pratique, l’essentiel se fait en amont : « Nous travaillons avec deux surtitreuses auxquelles je fournis une captation vidéo de la pièce. Elles procèdent ensuite à un grand travail de découpe et surtout d’ajout des effets sonores en surtitrage. Le résultat est ensuite relu, en particulier par des sourds et malentendants, afin d’en évaluer la compréhension. Au total, on estime qu’une minute de spectacle surtitré équivaut à une heure de travail ».


Financement

Le résultat en tout cas, est plébiscité par le public malentendant : à chaque représentation en effet, 5 à 15 personnes s’annoncent pour bénéficier du surtitrage, sans compter les personnes malentendantes non annoncées sans compter le public sans handicap sensoriel, mais ravi de bénéficier d’un tel complément.


Pour obtenir un tel résultat, Ecoute Voir peut compter sur un budget annuel global d’environ 450'000 francs, entièrement financé par des dons, soit d’institutions publiques comme les cantons de Genève et de Vaud, les Villes de Genève, de Gland et d’Yverdon, ou encore de fondations privées. A cela il faut ajouter une contribution des théâtres. « Depuis deux ans, nous demandons à chaque théâtre de financer 20% de chaque surtitrage, ajoute Marie-Odile Cornaz, car eux même sont subventionnés par les pouvoirs publics avec une demande d’amélioration de l’accessibilité. Cela nous permet de garantir notre prestation, et c’est un investissement très utile sur le long terme, puisqu’une fois le surtitrage effectué, il peut être réutilisé pour d’autres dates et d’autres lieux ».


Et de conclure : « Il y a un vrai paradoxe à constater que les pouvoirs publics nous sollicitent sans cesse pour notre expertise en termes d’accessibilité de la culture pour les personnes en situation de handicap sensoriel, alors que les financements ne suivent pas vraiment ».


www.ecoute-voir.org

13 octobre 2025

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Bientôt, la fin des piles pour les appareils auditifs ?

Et si l’énergie fournie par la mastication devenait capable d’alimenter les appareils auditifs en électricité, reléguant les bonnes vieilles piles aux oubliettes ? Un scénario pas si improbable que cela, selon de nombreux chercheurs. Pour bien des malentendants, surtout les plus âgés, le remplacement des piles de leurs appareils auditifs s’apparente à un véritable chemin de croix. Mais la situation pourrait bien changer, avec non seulement un avantage pour les malentendants, mais également un progrès écologique à la clé. Michel Demuynck un doctorant en biomécanique de l’Ecole de technologie supérieure au Canada, effectue en effet un travail de thèse sur la modélisation des déformations du conduit auditif dues aux mouvements de la mâchoire afin d’en évaluer le potentiel de production énergétique. Sur le principe, il s’agit donc tout simplement d’étudier comment récupérer l’énergie des mouvements de la mastication pour alimenter ensuite les appareils auditifs en électricité. « Je vous propose une petite expérience, écrit ainsi Michel Demuynck dans le journal en ligne The Conversation. Insérez votre petit doigt dans l’oreille, puis ouvrez et fermez la bouche. Sentez-vous cette pression sur votre doigt ? Lorsqu’on bouge notre mâchoire, celle-ci comprime les tissus autour du conduit auditif, modifiant ainsi sa forme. C’est cette déformation à l’intérieur de l’oreille que les chercheurs proposent de convertir en énergie électrique » Etude canadienne Et de citer une récente étude canadienne, menée à Montréal, qui estime que la mastication effectuée pendant dix minutes au cours d’un repas peut fournir une puissance moyenne de 26,2 mW dans un canal auditif. Concrètement, cette énergie suffirait à fournir 22 % de l'énergie nécessaire au fonctionnement quotidien d'une prothèse auditive. Résultat : moins d’une heure de mastication par jour (vive les chewing-gums!) permettrait d’alimenter une prothèse auditive durant toute une journée. Pour l’heure, les prototypes testés à base de matériau piézoélectrique posés sur les pourtours d’oreille ne permettent pas de convertir une quantité d’énergie suffisante, principalement en raison des difficultés à les miniaturiser suffisamment pour les intégrer dans un dispositif auditif. « Le développement des circuits imprimés flexibles pouvant s’ajuster aux formes précède l’arrivée prochaine d’implants médicaux autoalimentés. Grâce à ces progrès, nul doute que des convertisseurs plus performants vont voir le jour » conclut cependant le chercheur qui ne cache pas son optimisme.

13 octobre 2025

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Pierre Liard quitte la présidence de l’Association genevoise des malentendants

Membre depuis 40 ans de l’Association genevoise des malentendants, qu’il préside en outre depuis une douzaine d’années, le médecin ORL Pierre Liard a décidé de prendre sa retraite. Non sans inquiétude pour une association à laquelle il aura beaucoup apporté. C’était il y a un peu plus de 40 ans. Nous sommes en 1982, le docteur Pierre Liard entre au comité de l’Association genevoise des malentendants (AGM) sur la recommandation du Pr Pierre Montandon, chef de service d’ORL aux HUG, qui estimait utile qu’un médecin puisse contribuer à défendre les intérêts des personnes présentant une perte auditive. Quatre décennies plus tard, Pierre Liard, lui-même ORL, quitte l’AGM, après en avoir pris la présidence il y a une dizaine d’années. « Je vais avoir 75 ans cette année, il est temps que je lève un peu le pied, déclare sobrement celui qui en 2012, prenait déjà sa retraite de médecin. Je vais encore rester quelques temps au comité, puis me retirer complètement, en étant volontiers disponible pour des missions ponctuelles ». D’abord une amicale… Il y a 40 ans, quand Pierre Liard arrive, l’Association Genevoise des malentendants n’était qu’une amicale, un simple lieu de rencontre pour malentendants. Aujourd’hui, sous l’impulsion des présidences successives dont la sienne, elle s’est muée en une véritable organisation de défense des Genevois qui souffrent de perte auditive, offrant même, fait unique en Suisse romande, un service social qui dispense de nombreuses prestations. Après 6 premières années d’implication, Pierre Liard quitte ses fonctions au sein du comité de l’association en 1988: trop de travail, pour ce médecin qui venait d’ouvrir son cabinet d’ORL et devenu dans l’intervalle père de deux enfants à qui il voulait consacrer un peu plus de temps. Son absence à l’AGM durera douze ans, jusqu’en 2000 où il accepte de revenir siéger au comité, avant d’en devenir vice-président en 2008, puis enfin président à l’orée des années 2010. De ses 40 années d’engagement, il tire un bilan plutôt mitigé : « Nous aurions pu faire beaucoup plus, déplore-t-il. Ce qui a limité notre action, c’est clairement le manque de moyens financiers, un constat d’autant plus triste que nous n’avons pas ménagé nos efforts pour récolter des fonds, tant auprès d’autorités publiques que privées, essuyant la plupart du temps refus sur refus ». Et d’ajouter : « Finalement, ma plus grande satisfaction, c’est que malgré les difficultés, l’AGM soit encore en vie, même si je reste très inquiet pour l’avenir ». Des projets Alors qu’il s’apprête à passer le relais de l’AGM à la fin du mois, Pierre Liard n’entend évidemment par rester inactif : mettre de l’ordre dans sa maison, où tant de souvenirs se sont entassés, consacrer plus de temps à son épouse, et poursuivre quelque temps encore son engagement au sein de la fondation Auris dédiée à la recherche sur les troubles sensoriels, dont il assure également la présidence.

13 octobre 2025

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«La musique, ma grande passion!»

Âgée de 32 ans, laborantine en chimie à l’EPFL, Annabelle Coquoz joue d’un instrument de musique depuis son enfance, malgré une perte auditive très précoce. Après des années consacrées au trombone, la voici qui se met désormais au… violoncelle. Peu de gens le savent. Mais il est tout à fait possible d’être malentendant ou sourd et de… jouer d’un instrument de musique. Malentendante depuis son plus jeune âge, Annabelle Coquoz, âgée aujourd’hui de 32 ans et membre très active de la Commission Jeunesse de forom écoute, joue en effet du… trombone depuis qu’elle a 11 ans. Une passion plutôt familiale d’ailleurs puisque tout le monde chez elle est musicien. « Ma maman ne voulait pas faire de différence avec mes frères et sœur, alors elle m’a mise sur un piano quand j’avais à peine 4 ans », raconte celle qui vit à Aigle et travaille depuis plusieurs années à l’EPFL, comme laborantine en chimie. Depuis, la musique occupe une part importante de sa vie, elle joue dans une harmonie et dans un orchestre où son handicap auditif passe quasiment inaperçu, participe à des répétitions plusieurs fois par semaine, sans compter ses entraînements à la maison. D’autant que, depuis deux ans environ, elle s’est lancée dans le violoncelle. « C’est une fausse idée de croire que l’on ne peut pas faire de musique avec un handicap auditif explique-t-elle. C’est vrai que j’ai la chance d’avoir entendu entre 0 et 2 ans avant que mon ouïe ne se péjore. Mais jouer de la musique a vraiment quelque chose de reposant, car il n’y a pas besoin d’essayer de se concentrer sur des paroles, mais juste de ressentir des sensations. Par exemple, avec le violoncelle, je ressens beaucoup les vibrations, ce qui m’aide à appréhender la musique lorsque je la travaille ». Perte auditive très jeune Très jeune, dès 2 ans, Annabelle commence à perdre son ouïe, réagit de moins en moins aux bruits et ne répond pas quand on l’appelle. Et le diagnostic est sans appel : perte auditive supérieure à 80% à l’oreille gauche, 50% à droite. Dès 4 ans, elle est appareillée avec en plus un système « BiCROS » qui permet de transmettre tous les sons à l’oreille droite, la moins atteinte. Malgré l’ampleur de sa perte auditive, et de caractère très indépendant, elle suit une scolarité normale sans avoir recours à la moindre aide. Elle choisit ensuite de faire un apprentissage pour obtenir en 2009 un CFC de laborantine en chimie puis décroche une maturité professionnelle et une maturité fédérale. Malgré son aisance, la vie quotidienne n’est pas facile et les effets du handicap auditif se font de plus en plus sentir : fatigue intense, voire épuisement et vertiges la poussent à nouveau à consulter un ORL qui décide de reprendre son dossier à zéro. Et là, elle peut enfin mettre un nom sur la cause de sa surdité : « Syndrome de Pendred », une maladie génétique rare décrite pour la première fois en 1896 par le médecin britannique Vaughan Pendred. Bonne nouvelle cependant, elle est éligible à l’implantation cochléaire et la voilà implantée à son oreille gauche en 2016 à Berne. Elle a  26 ans et l’implant change sa vie : « Bien sûr je ne pourrais pas vivre sans, constate-t-elle. Mais il ne suffit pas. La rééducation a été longue et difficile, et j’ai encore besoin de mon appareil auditif de l’autre côté ». Ses choix de vie, elle les a faits en tenant compte de son handicap. « J’ai choisi de ne pas faire d’études longues et de ne travailler qu’à 80% pour ne pas m’user au travail, même si je suis très contente de mon emploi à l’EPFL,  dans un monde de recherche et dans un environnement humain qui tient compte de ma surdité. Mais le plus important pour moi, c’est qu’il me reste du temps à consacrer à la musique !»

13 octobre 2025

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Plus d’un milliard de jeunes risquent de perdre l’audition

Avec la généralisation de l’usage des smartphones via les écouteurs, et l’exposition à des bruits d’intensité trop élevée durant les concerts, les jeunes sont les premières victimes d’une future pandémie de perte auditive.   On le sait depuis longtemps. Écouter la musique trop fort abîme les oreilles et parfois irrémédiablement, avec de graves conséquences, en particulier chez les jeunes, adeptes aussi bien des concerts en discothèque que de l’usage plein tubes des écouteurs de smartphones. Mais le phénomène est peut-être bien plus grave que ce que l’on craignait. Selon une récente étude publiée dans la revue scientifique BMJ Global Health, plus d'un milliard de personnes âgées de 12 à 34 ans pourraient souffrir d'une perte d'audition en raison d’une exposition à un bruit excessif. « Nous avons estimé qu'entre 0,67 et 1,35 milliard d'individus de 12 à 34 ans à travers le monde adoptent des pratiques d'écoute dangereuses et risquent donc une perte d'audition plus ou moins importante » a alerté la chercheuse Lauren Dillard, de l'université de Caroline du Sud, auteure principale de l’étude, une méta-analyse portant sur trois articles scientifiques publiés entre 2000 et 2021. 24% des jeunes Avec une conclusion sans appel : sur leur smartphone, environ 24% des jeunes écoutent de la musique à des niveaux de décibels dangereux, notamment avec leurs écouteurs, tandis que 48% des personnes sont exposées à ce niveau plutôt dans les lieux de loisirs et de divertissement, salles de concerts ou boites de nuit, etc. « Il est urgent que les gouvernements, l’industrie et la société civile accordent la priorité à la prévention mondiale de la perte auditive en promouvant des pratiques d’écoute sûres, expliquent les auteurs de l’étude. Les normes, recommandations et boîtes à outils mondiales de l’OMS sont disponibles pour aider à l’élaboration et à la mise en œuvre d’initiatives politiques et de santé publique visant à promouvoir une écoute sûre dans le monde entier ». Pour rappel, l’OMS estime que plus de 430 millions de personnes dans le monde sont déjà sujettes à une perte d’audition invalidante.

13 octobre 2025

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Aux Diablerets, un week-end de neige entre malentendants

Ski, jeux, échanges… C’est dans une atmosphère détendue et bon enfant qu’une vingtaine de malentendants en provenance de tous les cantons romands se sont retrouvés le 20 janvier dernier pour un week-end aux Diablerets. Ambiance. Se retrouver c’est bien. Se retrouver longtemps, c’est mieux. C’est forts de ce constat qu’une vingtaine de jeunes malentendants en provenance de tous les cantons romands se sont retrouvés en ce vendredi 20 janvier - en présence de représentants de forom écoute -, pour un week-end de ski aux Diablerets. « L’année dernière nous avions fait une sortie à skis sur une seule journée, explique Rachel Millo co-organisatrice de l’évènement avec Annabelle Coquoz et Bastien Perruchoud, tous membres de la Commission Jeunesse de forom écoute. Et nous nous étions vite rendu compte que c’était bien trop court pour nous retrouver, discuter et profiter du ski. D’où l’idée cette année de proposer une sortie sur un week-end entier ».  « Pour nous organisateurs, c’est bien mieux aussi, renchérit Annabelle Coquoz. D’une part on peut gérer l’évènement avec moins de stress, et d’autre part nous avons un peu plus de temps pour profiter nous aussi de la sortie ! ». Alors, justement pour profiter sans stress, c’est un week-end au programme plutôt léger qui a été proposé aux participants, histoire de laisser chacun jouir à son rythme des bienfaits de la montagne en hiver. Certains invités sont ainsi arrivés dès le vendredi soir, d’autres le samedi matin, qui pour une seule journée, qui pour l’ensemble du week-end… Bonne franquette En dehors du repas du samedi midi, offert au restaurant par forom écoute, c’est aussi à la bonne franquette que tous se sont sustentés. Le vendredi soir par exemple, a été pensé en mode « pique-nique ». « Nous avons été hébergés au Chalet Suisse, très accueillant et très spacieux, raconte Bastien Perruchoud. Nous avons demandé à chacun d’amener sa nourriture et mis sur pied un gigantesque pique-nique dans le réfectoire, tandis que nous, en tant qu’organisateurs avions préparé tous les ingrédients des deux petits déjeuners du samedi et du dimanche matin ». « Quant au samedi soir, nous avons cuisiné tous ensemble une immense sauce bolognaise avec des spaghettis, ajoute Rachel. C’était à la fois sympa et la meilleure garantie de rester détendus tout le week-end ». Détendus, mais tout de même pas inactifs. Car dès le samedi matin, tout ce beau monde s’est retrouvé sur les pistes, l’immense majorité ayant choisi de skier, tandis qu’un petit nombre a préféré les joies de la luge. « Là aussi, l’idée était de laisser chacun s’organiser à sa guise et si besoin, de se regrouper selon les affinités mais aussi le niveau de maîtrise des skis, même si tous se débrouillaient très bien », observe Annabelle Coquoz. Bon enfant… « Même chose après le repas de midi, ajoute Bastien Perruchoud. Ceux qui voulaient rentrer au chalet pouvaient le faire, tandis que ceux qui préféraient retourner skier ou simplement se balader au grand air était également libres de leur choix ». Il faut dire qu’en dépit du froid glacial et d’une bise plutôt soutenue avec une température ressentie de -19°C, il a régné un superbe soleil tout au long de la journée, tout à fait propice aux activités sportives hivernales. « Quelques jours avant, la météo nous avait un peu inquiétés, admet Rachel Millo. Mais finalement le temps a été parfait malgré le froid, et nous avons pu à la fois skier, faire de la luge, nous promener, discuter et nous retrouver dans une ambiance détendue et bon enfant. C’est vraiment ce que nous attendons tous de ce genre de sorties qui nous apporte beaucoup à chaque fois ».

13 octobre 2025

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L’initiative pour une redevance à 200 francs menace-t-elle le sous-titrage ?

Alors qu’est lancée une initiative pour diminuer la redevance à 200 francs par ménage, le directeur de la Radio-Télévision suisse a averti : en cas d’acceptation, certaines prestations « essentielles » pourraient être touchées. Voilà une initiative qui fait trembler la SSR, société mère de la Radio-télévision suisse (RTS). Et pour cause : si elle venait à être adoptée, elle se traduirait par une baisse drastique des ressources de l’entreprise. Lancée l’année dernière par l'UDC, l'Union suisse des arts et métiers (USAM) et les Jeunes PLR, l’initiative, intitulée « 200 francs, ça suffit! » prévoit ainsi : « La Confédération perçoit une redevance de 200 francs par an, exclusivement auprès des ménages privés. Les personnes morales, les sociétés de personnes et les entreprises individuelles ne paient aucune redevance ». Pour tout un chacun donc, la redevance passerait de 335 francs à 200 francs, une baisse substantielle pour les ménages et bien sûr… pour les recettes de la RTS, estimée à 50% par l’entreprise. Une perspective qui, on s’en doute, ne réjouit pas le patron de la RTS, Gilles Marchand, qui monte déjà au créneau, alors que la récolte des signatures bat son plein. « Prestations touchées » Dans une interview accordée au journal Le Temps le 21 janvier dernier, il avertissait ainsi : « Par définition, le service public est généraliste et il ne choisit pas son public en fonction, par exemple, de la publicité. Nous travaillons pour tout le monde. Que diriez-vous si nous devions abandonner la langue des signes et le sous-titrage pour les malentendants, des services aussi essentiels que coûteux ? » En cas d’acceptation de la redevance à 200 francs, la RTS pourrait donc devoir « tailler » dans ses prestations à destination des sourds et malentendants, dont le coût s’élève à une moyenne de 17 millions de francs par an. « Comme l’ensemble de l’offre proposée aujourd’hui, ces prestations seraient également touchées si l’initiative « 200 francs, ça suffit » devait être acceptée », explique Sibylle Tornay, porte-parole de la SSR. La SSR a pourtant consenti de gros efforts ces dernières années en matière de sous-titrage et d’accessibilité pour les personnes handicapées sensorielles. Elle sous-titre aujourd’hui 80 % de son offre télévisée linéaire et s’est même engagée à sous-titrer 100% de ses émissions rédactionnelles diffusées à la télévision, d'ici à 2027.   Gamme élargie « Il s’agit d’un effort volontaire de la SSR, détaille Sibylle Tornay, puisque la loi sur la radio et la télévision précise que les diffuseurs de programmes de télévision nationaux ou destinés aux régions linguistiques doivent rendre accessibles aux personnes atteintes de déficiences sensorielles une proportion appropriée de leurs émissions, sans toutefois préciser de nombre ou de pourcentage». Et de préciser : «En tant qu’entreprise de service public, il est en effet important que l'accès à nos contenus soit amélioré continuellement pour tout le monde. C'est la raison pour laquelle nous élargissons plus encore la gamme de nos prestations ». Contactée, une ancienne cadre de la RTS tempère néanmoins les propos de Gilles Marchand : « C’est sûr que l’acceptation de l’initiative par le peuple imposerait des choix difficiles à la RTS explique-t-elle. Mais pour l’instant, les propos de Gilles Marchand me semblent plutôt s’inscrire dans une stratégie de communication destinée à faire monter la pression dans le cadre de la bataille politique qui s’annonce autour de l’initiative. Et gageons que des économies pourraient être faites ailleurs que dans le sous-titrage… qui représente un investissement très limité en regard du budget global de la SSR ».

13 octobre 2025

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Une entreprise française facilite la communication des malentendants

Afin de faciliter leur intégration sociale et professionnelle, deux applications permettent aux malentendants de bénéficier gratuitement et instantanément d’une transcription écrite, en LPC ou en langue des signes, sur leur lieu de travail (Tadeo) ou dans la vie courante (Acceo). Des entreprises suisses commencent à s’y intéresser. Joindre une société ou une organisation au téléphone, interagir avec le personnel soignant quand on est malade, échanger à un guichet administratif, mieux interagir avec ses collègues de travail… Pour bien des malentendants, ces actes simples de la vie quotidienne peuvent s’apparenter à un véritable chemin de croix, tant leur handicap sensoriel limite leurs interactions. Alors bien sûr, il y a des possibilités de contourner la difficulté en faisant appel en avance à des interprètes, mais ces démarches demandent une anticipation, une organisation hors pair, tout en alimentant un désagréable sentiment de perte d’autonomie. Active depuis plusieurs années, la société française Delta Process propose des solutions qui permettent aux malentendants et sourds, d’interagir avec les autres sans difficulté et en temps réel, grâce à deux plateformes accessibles via internet, Tadeo et Acceo. Physiquement, au téléphone ou en visio-conférence Développée il y a une dizaine d’années à l’initiative de grandes entreprises françaises, Tadeo est une application conçue pour le monde professionnel dans le but d’aménager spécifiquement les postes de travail des employés handicapés auditifs.  Qu’ils oralisent, aient recours à la langue des signes ou au langage parlé complété, ces derniers peuvent bénéficier via une application téléchargée sur un ordinateur, une tablette ou un smartphone, d’une retranscription simultanée des propos de leur interlocuteur, que celui-ci soit physiquement à côté d’eux, en visioconférence ou même au téléphone. Pas besoin de rendez-vous fixé en avance, l’employé malentendant ou sourd a la garantie d’obtenir un accès au service Tadeo dans les 30 secondes au maximum. Pour réussir ce petit miracle, Tadeo fait appel à distance, à des retranscripteurs de la parole, disponibles immédiatement et formés durant 5 années à la retranscription écrite, au LPC et à la langue des signes. Ce sont eux qui font l’interface entre la personne déficiente auditive et ses divers interlocuteurs. « Évidemment, la retranscription fonctionne dans les deux sens, la personne entendante se voit traduire en temps réel en français oral les propos de l’interlocuteur malentendant, tandis que ce dernier reçoit en parallèle une retranscription adaptée à son cas particulier, explique Julien Monnet, directeur de Tadeo et lui-même sourd de naissance. C’était la condition de la réussite de notre projet : la personne malentendante est équipée de Tadeo, tandis que de l’autre côté, la personne entendante sans aucun effort ni besoin de faire répéter, reçoit immédiatement une traduction orale de la part du transcripteur ». Gratuite pour les malentendants Face au succès de Tadeo, exclusivement destinée au monde du travail, Delta Process a développé dans la foulée Acceo qui fonctionne exactement selon le même principe, mais cette fois-ci pour permettre aux personnes malentendantes d’interagir, hors cadre professionnel, avec n’importe quelle organisation, entité, commerce etc. La seule action à faire pour la personne malentendante est de télécharger l’application Acceo et de faire appel au service de retranscription instantanée à chaque fois qu’elle en a besoin, qu’il s’agisse d‘une interaction par téléphone, ou physique devant un guichet ou dans un commerce. « L’avantage de la solution d’accessibilité physique et téléphonique Acceo est qu’elle est totalement gratuite pour la personne malentendante, ajoute Julien Monnet. Il revient en effet à l’entreprise ou au service public concerné de conclure des abonnements avec Acceo », une démarche conclue par près de 50'000 établissements et institutions en France, tandis qu’en Suisse, de grandes entreprises commencent à s’y intéresser.

13 octobre 2025

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Un lien entre le bruit de la circulation routière et les acouphènes

Pour la première fois, des chercheurs établissent un lien entre l’exposition au bruit de la circulation routière et les conséquences sur l’audition, avec une claire augmentation de la prévalence des acouphènes. Selon des statistiques non confirmées, environ 10 % de la population souffrirait d’acouphènes, au moins de manière intermittente. Pour nombre de médecins cependant, ce chiffre serait bien inférieur à la réalité, le nombre de cas signalés ne représentant que la pointe de l’iceberg. Or depuis très longtemps, les acouphènes demeurent une énigme pour la science et la médecine, tant leur cause demeure encore mal élucidée. Des chercheurs danois avancent cependant une explication inattendue : il y aurait un lien entre la circulation automobile et les acouphènes. Selon une étude publiée en janvier dernier et fondée sur les données de 3,5 millions de Danois, des chercheurs du Département de recherche clinique et de l’Institut Mærsk Mc-Kinney Møller de l’Université du Danemark du Sud (SDU), ont découvert que plus les habitants sont exposés au bruit de la circulation dans leur domicile, et plus ils sont à risque de développer des acouphènes. Corrélation nette « Dans nos données, nous avons trouvé plus de 40 000 cas d’acouphènes et pouvons constater que pour chaque tranche de dix décibels de bruit supplémentaire dans la maison, le risque de développer des acouphènes augmente de 6 % », explique Manuella Lech Cantuaria, médecin et professeure adjointe à l’Université Mærsk Mc-Kinney-Møller Institute et affiliée au département de recherche clinique de l’Université du Danemark du Sud. Ainsi, plus on habiterait devant une route fréquentée et plus le risque de percevoir des acouphènes augmenterait. Le mécanisme expliquant ce phénomène n’est pour l’heure pas élucidé et selon les chercheurs, il pourrait résulter d’une association avec le stress et le manque de sommeil dus au bruit routier, dont on sait qu’ils représentent d’important facteurs de risque pour les acouphènes.  « Nous savons que le bruit de la circulation peut nous stresser et affecter notre sommeil, ajoute Jesper Hvass Schmidt, professeur agrégé au département de recherche clinique et médecin-chef de l’hôpital universitaire d’Odense (OUH). Et nous savons aussi que les acouphènes peuvent s’aggraver lorsque nous vivons dans des situations stressantes et que nous ne dormons pas bien ». Alors que d’autres études devront être menées pour objectiver la corrélation entre bruit routier et acouphènes, les médecins recommandent aux particuliers d’adopter des mesures pour insonoriser au maximum leurs logements, et aux pouvoirs publics de renforcer les mesures d’aménagement urbain en faveur de la réduction du bruit routier.

13 octobre 2025

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Le film « L’aventure de l’implant cochléaire en Suisse romande » projeté aux HUG

Le 3 mars dernier, une projection publique et gratuite du documentaire « L’aventure de l’implant cochléaire en Suisse romande » a été organisée aux Hôpitaux universitaires de Genève. En présence des principaux protagonistes du film, et d’un public aussi nombreux qu’intéressé… Ils étaient tous là. Le professeur Pierre Montandon, le Pr Jean-Philippe Guyot, tous deux anciens chefs du service ORL des Hôpitaux universitaires de Genève, le Pr Marco Pellizzone ancien directeur du Centre universitaire romand d’implantation cochléaire, la logopédiste Marielle Deriaz, ainsi que Beqir Ramushi, Lucie Froidevaux, tous deux implantés cochléaires… Leur point commun ? Avoir participé au documentaire « L’aventure de l’implant cochléaire en Suisse » produit par forom écoute, disponible sur youtube et projeté en séance publique en ce vendredi 3 mars 2023 aux HUG. Public nombreux Avec donc, les principaux protagonistes qui ont fait le déplacement, mais aussi une soixantaine de personnes, implantées, proches, membres du CURIC, directeur des HUG, qui ont eux aussi souhaiter visionner ce documentaire qui raconte l’incroyable épopée de l’implantation cochléaire en Suisse, depuis ce jour du début des années 80, où le professeur Montandon choisit de faire venir depuis les Etats-Unis, un prototype unique d’implant cochléaire mis au point à Boston. Après un mot d’introduction prononcé par le Pr Pascal Senn, actuel chef de service d’ORL des HUG et lui-même protagoniste du documentaire, suivi de la projection du film, c’est vers l’avenir que l’assistance s’est tournée grâce à une table-ronde portant sur la thématique « Implant cochléaire, quelles perspectives d’avenir ? ». Si le professeur Senn a ainsi abordé l’état actuel de la recherche en matière de cellules souches et de facteurs de croissances destinés à améliorer l’interconnexion des électrodes des implantes cochléaires avec le nerf auditif, c’est un jeune chercheur, lui-même implanté au CURIC, Fadhel El May qui a expliqué les secrets d’une piste passionnante, celle d’une éventuelle future stimulation du nerf auditif par des électrodes fonctionnant non pas avec l’électricité mais avec de la… lumière. Un projet novateur qui, s’il aboutissait – les premiers essais sur les animaux sont prévus pour l’année prochaine -, permettrait aux personnes implantées d’obtenir une restitution auditive d’une qualité infiniment supérieure à celle proposée actuellement. Diagnostic génétique Deux autres aspects ont enfin été également abordés : la logopédiste des HUG Matilde Fritz-Legrand a ainsi expliqué les perspectives offertes par les applications développées sur tablettes et ordinateurs et qui permettent aux malentendants implantés de poursuivre avantageusement leur travail de réhabilitation chez eux, tandis que la doctoresse Hélène Cao-Van a de son côté, détaillé à quel point les progrès des diagnostics génétiques – les surdités sont à 70% de cause génétique – permettent déjà aujourd’hui, mais de plus en plus dans le futur, d’adapter la prise en charge future des implantés cochléaires. Le documentaire « L’aventure de l’implant cochléaire en Suisse romande » peut être visionné ici.

13 octobre 2025

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Les après-midi « karting » de forom écoute rencontrent de plus en plus de succès

Le 4 mars dernier, 40 jeunes malentendants et sourds se sont retrouvés au karting de Payerne pour une après-midi de rencontre et de course, plein gaz sur les pistes. Organisée depuis des années par forom écoute et sa Commission jeunesse, la manifestation connaît un succès croissant. Élément incontournable de l’arrivée du printemps à forom écoute, la traditionnelle après-midi de karting des jeunes malentendants et devenus sourds a eu lieu ce samedi 4 mars au karting Payerneland de Payerne. Organisé conjointement par forom écoute et la Commission jeunesse de la fondation, l’événement a regroupé près d’une quarantaine de jeunes en provenance de tous les cantons romands. Signe du rapprochement toujours plus grand entre malentendants signeurs et non signeurs, le nombre très élevé de jeunes usant quasi exclusivement de la langue des signes et qui de plus en plus, plébiscitent les événement organisés par la Commission jeunesse. Moment important « Les jeunes se parlent beaucoup entre eux, se réjouit Cindy Beroud, la responsable de forom écoute qui a fait le déplacement, accompagné de sa collègue Lucie Froidevaux. Ils se relayent les infos et chaque année, l’après-midi de karting attire plus de monde. C’est très réjouissant car c’est un moment important au cours duquel tous les malentendants peuvent se retrouver et passer du temps entre eux ». Après un long et agréable repas de grillades au sein du restaurant du karting et au cours duquel Nathalie, la sympathique serveuse, a même pu apprendre – avec joie – quelques mots en langue des signes, Cindy Beroud, s’est adressée aussi bien en français qu’en langue des signes à l’assemblée avec une demande très spécifique : réfléchir à des propositions pour une nouvelle dénomination de la Commission jeunesse, l’actuelle étant jugée trop « sérieuse » et administrative. Contrairement aux autres années, il aura fallu attendre 15 heures pour que tous les jeunes puissent s’aligner sur la piste et que les « festivités » puissent commencer. « C’est un choix délibéré, explique Rachel Millo membre de la Commission jeunesse. Les autres années, nous n’avions pas assez de temps pour nous retrouver et discuter à notre aise. C’est la raison pour laquelle cette fois-ci, nous avons choisi de reculer l’heure du départ des courses ». Deux groupes sur les pistes Le temps, utilement employé, passant très rapidement, Bastien Perruchoud, autre membre de la commission Jeunesse, toujours très organisé, s’est ensuite très rapidement retrouvé à préciser les instructions pour le début de la compétition, les participants ayant été répartis en deux groupes, ceux d’un niveau moyen et ceux d’un niveau plus élevé, histoire que tout le monde puisse éprouver du plaisir sur les pistes. « Le karting, cela inclut de prendre en compte plusieurs facteurs, réagit Guillaume Berbier, fin connaisseur et très souvent sur le podium d’arrivée lors des précédentes éditions. Il y la technique bien sûr, mais il faut tenir compte aussi du poids de la personne qui fait la course ainsi que c’est important, de son envie ». L’envie, la technique et la chance ont en tout cas cette année consacré un nouveau tiercé de gagnants, avec à la première place Arnaud Iseli, suivi de Jocelyn Héritier et Micael Jorge. Bravo à eux et à tous les participants de cette superbe journée !

13 octobre 2025

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Les Etats-Unis autorisent la vente d’appareils auditifs sans ordonnance

Depuis quelques mois aux USA, il est possible d’obtenir librement et sans ordonnance des appareils auditifs en cas de perte auditive légère ou modérée. En Suisse, l’idée ne séduit vraiment pas les professionnels de l’audition. Depuis le printemps dernier, il est possible aux Etats-Unis d’acquérir des appareils auditifs sans prescription médicale. Telle est la décision prise par la Food and Drug Administration, la célèbre agence américaine des médicaments, sur mandat de l’administration Biden. « Les consommateurs de 18 ans et plus souffrant d'une perte auditive légère à modérée ont la possibilité d'acheter des appareils auditifs en vente libre sans examen médical ou examen audiologique » peut-on en effet lire sur le site internet de l’institution, qui précise également qu’il s’agit bel et bien d’appareils auditifs et non de simples amplificateurs d’écoute. « Les Américains (peuvent désormais) acheter des appareils auditifs plus abordables, directement dans des pharmacies ou des magasins à travers le pays», s'est ainsi félicité dans un communiqué le président Joe Biden. De fait, le marché américain est désormais clairement divisé entre les aides auditives prescrites, qui sont prises en charge par l'assurance, ou du moins les patients qui en ont une, et les aides auditives non prescrites, dites « on the counter » c’est-à-dire qui peuvent être librement acquises par les patients « directement sur le comptoir » et à ce titre moins chères, puisqu'elles ne doivent pas être délivrées par un spécialiste. Baisser le prix d’un appareil L’objectif de la nouvelle règlementation est ainsi de faire diminuer le coût des appareils auditifs pour les faire passer d’une moyenne de 5000 dollars la paire, soit l’équivalent en francs, à environ la moitié. Une baisse substantielle dans un pays où 15 % des adultes souffrent de perte auditive, dont un grand nombre ne parvient pas à s’appareiller faute d’avoir contracté une assurance en garantissant le remboursement. En Suisse, où la prescription des appareils auditifs est très règlementée, une telle perspective suscite en tout cas un énorme scepticisme : « Ce serait la porte ouverte à encore plus d’excès. De tels appareils pourraient alors être aussi vendus par le boulanger ou le boucher ou la fleuriste, déplore Pierre Liard, ORL à la retraite et ancien président de l’Association genevoise des malentendants. En outre, se passer d’un examen ORL m’apparait aberrant, ne serait-ce que pour déterminer la cause de la perte auditive. On ne corrige pas de la même façon une surdité de transmission et une surdité de perception avec une importante perte auditive dans les fréquences aigues ». Du coté des audioprothésistes également, la démarche suscite des interrogations : « Ce que les patients doivent savoir, c’est que la pose d’un appareil auditif doit être suivie d’une réhabilitation car c’est le cerveau du patient qui apprend, explique Raphaël Furioux audioprothésiste indépendant à Yverdon-les-Bains (VD). Et je ne vois pas comment on peut adapter un appareil sans examens audiométriques, ni réglages ensuite. En Suisse, on estime qu’une personne malentendante non appareillée coûte 9000 francs par an en moyenne. Il est donc important d’être appareillé et bien appareillé ». « Potentiellement dangereux » Akustika,  l’association faîtière des audioprothésistes suisses se déclare quant à elle franchement opposée à une telle perspective: « Nous sommes clairement d'avis que les appareils auditifs doivent être remis par des professionnels et cela peut être lu dans notre code moral, qui fait partie intégrante de nos statuts, explique son directeur Christoph Schönenberger, qui ajoute : l’adaptation des appareils auditifs est potentiellement dangereuse si elle n'est pas effectuée par des professionnels car il y un risque d’occasionner des dommages supplémentaires à l'audition. C’est d’ailleurs pour cette raison que les valeurs maximales de l'amplification et de la puissance de sortie maximale des appareils vendus « on the counter » aux Etats-Unis ont été récemment réduites de 3 décibels.»

13 octobre 2025

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Apple améliore encore la qualité sonore des appels téléphoniques depuis les iPhones

Avec la version 16.4 d’iOS, le système d’exploitation qui fait tourner nos iPhones, Apple étend la fonctionnalité « isoler la voix » aux appels téléphoniques émis depuis la ligne cellulaire. Depuis un peu plus d’une année, Apple proposait pour tous les utilisateurs de FaceTime ou WhatsApp une fonctionnalité très intéressante pour celles et ceux qui souffrent de troubles de l’audition : « isolement de la voix ». Cette fonctionnalité, disponible également sur Mac et sur iPad, permet d’améliorer l’écoute des conversations sur ces deux applications en supprimant les bruits aux alentours. « Si vous souhaitez qu’on vous entende clairement lors d’un appel FaceTime et que les autres sons soient filtrés, vous pouvez activer le mode Isolement de la voix, peut-on ainsi toujours lire sur le site internet de la firme californienne. Ce mode met en avant le son de votre voix pendant un appel FaceTime et bloque les bruits environnants ». Activation par l’émetteur de l’appel Dès cette semaine avec la sortie de iOS 16.4, la dernière version du système d’exploitation qui fait tourner nos iPhones, cette fonctionnalité très pratique sera également disponible pour les appels passés via la simple ligne cellulaire de son téléphone, à condition de disposer d’un appareil récent. Mais attention, pour être tout à fait clair, c’est donc l’émetteur de l’appel qui actionne cette fonctionnalité pour atténuer les bruits qui l’entourent, ce qui en limite un peu la portée pour un éventuel interlocuteur malentendant. Un choix d’autant plus incompréhensible qu’Apple a, depuis la sortie de l’iPhone 13, supprimé la fonction « miroir » intitulée « réduction du bruit » et qui permettait directement au malentendant d’améliorer la qualité du son reçu. Une manière selon les observateurs, de pousser les consommateurs à avoir recours à ses écouteurs sans fils « maison », qui eux, offrent toujours cette option.

13 octobre 2025

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A Genève, une lecture-rencontre autour de l’implantation cochléaire

Le 10 juin prochain à la Maison Rousseau et Littérature, l’écrivaine malentendante Adèle Rosenfeld présentera son livre autobiographique « Les méduses n’ont pas d’oreilles », dont l’héroïne a reçu un implant cochléaire. La présentation sera suivie d’un débat public. Unique en Suisse romande, Out of the Box – Biennale des Arts inclusifs est une manifestation qui, tous les deux ans, fédère des lieux culturels genevois autour d’une programmation d’arts inclusifs avec pour ambition de repenser la relation entre l’art et le handicap. Pour cette édition 2023, le handicap auditif sera mis à l’honneur à travers une lecture-rencontre assez particulière, puisque l'écrivaine française malentendante Adèle Ronsenfeld sera reçue à la Maison Rousseau et Littérature le samedi 10 juin à 17 heures pour une conférence consacrée à son livre « Les méduses n’ont pas d’oreilles ». Un premier roman éblouissant, plein d’humour et de douceur en forme de plongée dans le monde des déficients auditifs et dans laquelle bien des malentendants se reconnaîtront. Succès Paru en 2022, l’ouvrage rencontre d’ailleurs un succès tel qu’il sera très prochainement traduit en sept langues. Louise, héroïne du roman, s’y interroge en effet car elle doit décider si elle doit se faire poser un implant cochléaire. Si quelques sons parviennent encore à son oreille droite, il se trouve qu’hélas, elle n’entend plus rien à gauche. Dans l’intervalle, celle qui s’est construite depuis son enfance sur un entre-deux - ni totalement entendante, ni totalement sourde - voit son audition baisser drastiquement lors de son dernier examen chez l’ORL. Face à cette perte inéluctable, son médecin lui propose alors un implant cochléaire. Un implant qu’elle n’hésite pas à joliment qualifier de « cornélien », car l’intervention est irréversible et lourde de conséquences pour l’ouïe de la jeune femme. Avec la perte de sa faible audition naturelle au profit d’une audition synthétique, ne risque-t-elle pas de perdre son rapport au monde si singulier, plein d’images et d’ombres poétiques ? Adèle Rosenfeld présentera son livre dont elle lira des extraits le samedi 10 juin à 17 heures. La rencontre sera précédée d’une conférence sur le thème « Rousseau dans le dialogue de sourds » et suivie d’un débat sur l’implantation cochléaire, organisé en collaboration avec forom écoute. L’entrée est libre. Le festival Out of the Box aura lieu en mai et juin 2023 à Genève. La programmation complète sera mise en ligne en avril sur le site www.biennaleoutofthebox.ch

13 octobre 2025

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La surdité de Beethoven, un mystère qui reste entier…

Une récente étude génétique basée sur des mèches de cheveux du célèbre compositeur n’a pas pu déceler les causes de la surdité progressive qui l’avait tant affecté. D’autres pathologies ont en revanche été détectées. Dans le monde de la surdité, et bien sûr au-delà, Ludwig van Beethoven reste un véritable mythe. Devenu totalement sourd à l’âge de 45 ans, après que son audition a commencé à diminuer progressivement 20 ans plus tôt, le célèbre compositeur allemand décédé à 56 ans, a pourtant, en dépit de son handicap, réussi à créer une remarquable série de chefs d'œuvre qui marquent encore l’histoire de la musique classique. « D'année en année, mes espoirs de guérison ont été progressivement anéantis et j'ai finalement été conduit à accepter l'idée d'une infirmité définitive, dont le traitement pourrait peut-être durer des années, voire même s'avérer impossible (...). Cependant, je ne parviens pas à me résoudre à dire aux gens : parlez plus fort, criez, car je suis sourd. (…) Quelle humiliation lorsque quelqu'un, près de moi, entend au loin le son d'une flûte que je ne perçois pas, ou lorsque quelqu'un écoute le chant d'un berger, que je n'entends pas non plus » se désolait-il ainsi en 1802 dans son célèbre testament de Heiligenstadt, retrouvé après son décès. Depuis sa mort à Vienne en 1827, de très nombreuses hypothèses ont été esquissées pour expliquer les causes de sa perte auditive : otospongiose, cause auto-immune, conséquences d’une typhoïde, maladie de Page, de très nombreuses causes ont été évoquées au fil des décennies, sans qu’aucune ne soit définitivement retenue et démontrée. Mèches de cheveux Une récente étude internationale lancée en 2014 et publiée le 22 mars dans la revue Current Biology, a douché les derniers espoirs en la matière. Portant sur huit mèches de cheveux présentées comme appartenant à Beethoven, et issues de collections publiques ou privées, l’étude a déterminé que cinq d'entre elles provenaient d'un même individu masculin, avec des altérations montrant qu'elles dataient bien du début du 19e siècle. Le séquençage ADN des cinq mèches retenues et recueillies durant les dernières années de sa vie a été pratiqué dans le laboratoire de l'Institut Max-Plank d'anthropologie à Leipzig spécialisé dans les analyses d’ADN ancien. Le résultat a ainsi révélé que Beethoven présentait « une prédisposition génétique considérable" aux maladies du foie (variants présents sur le gène HFE qui contrôle l’absorption du fer et sur le gène PNPLA3), ainsi qu’une infection au virus de l'hépatite B durant les derniers mois de sa vie. Deux mystères demeurent encore entiers : la cause des maladies intestinales qui l’ont si longtemps indisposé, ainsi que celle de sa surdité progressive, aucune cause génétique n’ayant pu être identifiée, les recherches ayant porté sur d’éventuelles mutations présentes dans cinquante-sept gènes, connues pour occasionner une perte d’audition après l’acquisition du langage.

13 octobre 2025

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Valentin Brunner, la passion du bois

Né il y a 25 ans à Saint-Julien-en-Genevois à la frontière franco-genevoise, Valentin Brunner a grandi entre la Suisse et la France, deux pays dont il dispose de la nationalité. Malentendant depuis son plus jeune âge, il vit désormais à Lausanne où il exerce son métier de passion : charpentier.   Depuis quand êtes-vous malentendant ? En fait, on n’a jamais trouvé la cause exacte. Il semble que j’entendais bien à la naissance, mais au fil des années, mes parents se sont rendu compte que quelque chose n’allait pas, même si les médecins tendaient à ne pas les croire. Finalement des tests chez l’ORL ont fini par confirmer une perte d’audition d’environ 50% à chaque oreille.  Je suis le seul malentendant dans ma famille, en dehors de mon père qui lui, l’est devenu très tard, vers l’âge de 35 ans. Êtes-vous appareillé ? Oui depuis l’âge de 6 ans et des deux côtés. La bonne nouvelle c’est que la situation est stable et que mon audition ne s’est jamais détériorée depuis. Comment s’est déroulé votre scolarité, avec ce handicap auditif ?   J’ai commencé ma scolarité à l’école publique en France, et cela ne se passait pas très bien, probablement en raison de mes problèmes auditifs… Puis mes parents m’ont inscrit à l’école Steiner à Genève, et cela a tout changé car j’ai été accueilli à bras ouverts par deux camarades extraordinaires, avec lesquels je suis toujours ami. Avec l’appareillage et le soutien d’orthophonistes, tout s’est très bien passé. Vous aviez obtenu de bons résultats scolaires ? Disons, avec des hauts et des bas. En langues, c’était difficile, et je pense que mon audition a joué un rôle. Par contre en géométrie, dans les matières artistiques ou manuelles, dans le sport aussi, j’étais très au-dessus de la moyenne. Finalement avec le recul, le choix d’une école comme Steiner était judicieux… Oui bien sûr, c’était un bon choix. Mais en tant que malentendant, cela a occasionné un effet pervers puis que je comptais trop sur les autres, au point d’en être un peu dépendant (rires). Que faites-vous à la fin de la scolarité obligatoire ? Je repars en France, à Annecy pour faire un apprentissage de charpentier, dans une école réputée, l’École des Compagnons. J’y ai obtenu deux CAP (certificats d’aptitude professionnelle, ndlr), l’un de charpentier, l’autre en construction du bois. Pourquoi avoir choisi la profession de charpentier ? Parce que le bois était une vraie passion pour moi et déjà à l’école j’adorais ce que l’on faisait en ébénisterie. C’est une vocation qui remonte à loin : j’avais 10-11 ans quand mes parents ont fait construire leur maison, entièrement en bois, et je faisais parfois semblant d’être malade juste pour pouvoir rester voir les ouvriers travailler (rires). En plus, j’adorais passer des heures à bricoler dans l’atelier de la maison. Comment s’est déroulé votre apprentissage ? Côté enseignants, c’était très bien. Mais malheureusement, beaucoup de jeunes apprentis n’avaient pas vraiment envie de travailler. Alors sur 20 en classe, nous n’avons été que 6 à décrocher notre diplôme… Votre audition ne vous a pas compliqué la tâche ? En classe pas du tout, en revanche sur un chantier, ce n’était pas et ce n’est d’ailleurs toujours pas facile d’être sur un toit quand quelqu’un vous appelle… Mais j’ai la chance d’être dans une entreprise où mes collègues savent que je suis malentendant et font des efforts. Que faites-vous une fois vos diplômes décrochés ? Je pars avec mon meilleur ami en Australie pour 8 mois !  Après un premier mois de road trip entre Sydney et Cairns, on a ensuite trouvé un petit job dans une culture de bananes. C’était parfait pour apprendre l’anglais ! Et aujourd’hui, vous travaillez… Dès mon retour d’Australie, j’ai en effet cherché du travail, en particulier à Lausanne où mon père vivait et vit encore. Après quelques expériences d’intérim, certaines très positives d’autres moins, j’ai fini par trouver un travail fixe, même si la période du covid n’a pas toujours été facile. Vous aimez ce que vous faites ? Oui bien sûr, même si personnellement j’aimerais surtout faire de la charpente, alors qu’il nous arrive souvent de faire de la construction en bois. Mais c’est comme ça, c’est le métier. Cela dit, je sais que je ne ferai pas ce métier toute ma vie : j’ai déjà 10 ans de travail derrière moi et on en sent le poids physique, en termes de fatigue, mais aussi d’impact sur le dos. Les journées sont exténuantes et la concentration liée à la perte auditive y ajoute encore. Si vous quittez le métier, que pourriez-vous faire dans ce cas ? Aucune idée pour l’instant ! Mes parents m’ont toujours dit que j’ai un don pour transmettre, et c’est vrai que j’adore ça. Alors pourquoi pas devenir un jour enseignant en apprentissage ?

13 octobre 2025

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Guillaume Berbier, un malentendant au volant des géants des routes

Malentendant de naissance et employé polyvalent à la commune de Saint-Imier dans le Jura bernois, Guillaume Berbier a décroché en 2021 son permis de conduire poids-lourds. Une manière d’exaucer un rêve d’enfant, mais aussi pour ce sapeur-pompier volontaire, de venir en aide à ses concitoyens. « C’est un rêve qui demande beaucoup d’efforts et même d’argent, mais franchement quand on est au volant là-haut, c’est magnifique car on est vraiment dans un bureau panoramique ». Le « bureau panoramique » de Guillaume Berbier, c’est la cabine de ces poids-lourds de plusieurs dizaines de tonnes qu’il a enfin le droit de conduire. Depuis le 29 octobre 2021, 6 ans après avoir décroché son permis voiture, ce Jurassien de 27 ans qui travaille pour les travaux publics de la commune de Saint-Imier en tant qu’employé polyvalent, est en effet l’heureux détenteurs d’un permis poids lourds dit « Catégorie C ». Passion Une consécration pour ce malentendant de naissance qui, depuis sa plus tendre enfance, est fasciné par tout ce qui roule. « Les poids lourds, c’est une passion qui remonte à très loin explique-t-il, déjà lorsqu’enfant, je voyais mon père conduire de petits camions ». Alors quand Guillaume a une passion, il la suit jusqu’au bout. Dans une interview accordée à « aux écoutes » en 2016, il expliquait déjà comment, malgré le handicap auditif, il avait réussi à décrocher son CFC d’agent d’exploitation, pour devenir - là aussi un rêve d’enfance-, cantonnier, comme son père. Alors pour le permis poids-lourds, il n’a également pas hésité à mettre le paquet. D’abord au sens propre, parce qu’il lui a fallu débourser la jolie somme de 7500 francs, un investissement d’autant plus évident pour lui, qu’il était doublé d’une arrière-pensée professionnelle : « Dès la fin de mon apprentissage, j’avais constaté que de plus en plus de communes demandaient le permis poids lourd pour leurs agents de voirie. Je savais donc que cela allait également m’ouvrir des portes en termes d’emploi et de carrière ». Il y a l’argent, mais il y a également l’effort, car il a fallu une année entière pour que Guillaume puisse décrocher le précieux sésame. Car pour ce malentendant et dysphasique de surcroit, il a fallu travailler deux fois plus pour valider la partie théorique. « C’est vrai, cela m’a demandé pas mal d’efforts et beaucoup de travail en particulier à la maison pour réviser sur une application », raconte-t-il. Pratique en 4 mois… La pratique pour ce jeune homme quasiment né avec un volant entre les mains, a en revanche été bien plus simple, puisque l’affaire, rondement menée, a été réglée en à peine quatre mois. « L’examen s’est très bien passé avec un expert qui était informé de mon problème auditif et avec qui je pouvais reformuler pour vérifier que j’avais bien compris les consignes. C’était vraiment cool ». Conduire un poids lourd de plusieurs dizaines de tonnes n’est pourtant pas chose aisée, car il ne s’agit pas d’une simple réplication à plus grande échelle, des habituelles règles de conduite automobile. « Un camion est bien plus large, plus haut, plus long, tout est plus complexe avec bien plus d’angles morts. La conduite demande beaucoup de concentration, avec des sensations différentes de celles de la voiture et parfois même des manœuvres différentes pour négocier les ronds-points ». Pour l’heure, Guillaume n’utilise pas son permis de conduire de la cadre de sa profession, des certifications supplémentaires étant nécessaires. En revanche, dès le premier janvier 2024, ce sapeur-pompier volontaire de longue date conduira les immenses mastodontes rouges qui sirènes hurlantes se précipitent à chaque alerte pour venir en aide à la population.

13 octobre 2025

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Alcool et audition ne font pas bon ménage

Depuis de nombreuses années, les études sont unanimes : la consommation excessive d’alcool est nocive pour l’audition, en affectant soit le cerveau, soit l’appareil auditif. Études après études, les résultats se confirment. Non seulement l’alcool nuit à la santé d’une manière générale, mais sa consommation excessive est également spécifiquement nocive pour notre audition. Une récente étude chinoise basée sur les données d’articles scientifiques publiés l’année dernière, en utilisant les mots clés « alcool » et « déficience auditive », et totalisant près de 30'000 participants, vient ainsi de quantifier le danger : la consommation d’alcool augmente de 20% le risque de développer une perte auditive. Mécanismes multiples Plusieurs mécanismes semblent être mis en cause : en premier lieu, le fait que l’alcool induit des dysfonctionnements généraux du fonctionnement du cortex auditif, la fameuse zone du cerveau qui d’une manière générale, reçoit et analyse les messages sensoriels.  Conséquence : les signaux sonores ne sont plus traités correctement par le cerveau et la personne entend moins bien. D’autres atteintes plus spécifiques sont également recensées : une consommation excessive et régulière d’alcool altère d’une part le nerf auditif qui peut être irréversiblement détérioré, mais aussi purement et simplement l’oreille interne : ainsi, un taux sanguin d'alcool trop élevé constitue un environnement toxique pour les cellules ciliées, dont la détérioration sera irréversible. Selon de nombreuses études, c’est dans ce cas la capacité à entendre les basses fréquences qui est particulièrement concernée. Des acouphènes également Enfin, la consommation d'alcool provoque une dilatation des vaisseaux sanguins. Résultat : une quantité plus importante de sang afflue dans nos oreilles, ce qui peut engendrer ou amplifier les symptômes des acouphènes, et plus particulièrement des acouphènes objectifs ou pulsatiles.

13 octobre 2025

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