Malaudition: et si arrêter de se cacher était le premier pas vers l’inclusion?

12 mai 2026
Publié le :
Avant même de pouvoir agir et revendiquer ses droits, encore faut-il reconnaître sa propre réalité. Pour de nombreuses personnes malentendantes, le premier obstacle à l’inclusion n’est pas l’absence d’aménagements, mais le poids du secret, de la honte ou, plus insidieusement, l’ignorance de son propre état.
Une problématique souvent ignorée ou niée
Parce que la malentendance est parfois déjà présente à la naissance, ou s’installe progressivement, beaucoup de personnes ne réalisent pas qu’elles en souffrent. D’après les témoignages que nous avons récoltés, elles peuvent vivre des années avec une fatigue chronique ou une difficulté à s’intégrer dans un groupe, croyant qu’il s’agit de leur façon d’être. Sans diagnostic, la vie s’organise par défaut autour de limites incomprises et ce n’est souvent que tardivement, lors d’un déclic familial ou professionnel, que le voile se lève: ce n’était pas un trait de caractère, mais une perte auditive non identifiée.
La puissance, et le poids, de la «suppléance mentale»
A l’inverse, pour celles et ceux qui ont conscience de leur handicap, la dissimulation devient parfois une stratégie de défense consciente. Par peur du jugement, de la stigmatisation ou de la perte de leur emploi, ils et elles choisissent de faire «comme si». On sourit quand on n’a pas compris, on acquiesce pour ne pas ralentir le groupe, on devine la suite de la phrase. Les experts appellent cela la «suppléance mentale»: un effort cognitif épuisant pour combler les trous auditifs en temps réels. Si cette technique permet de survivre socialement à court terme, elle isole progressivement. A force de vouloir paraître «comme les autres», on finit par s’exclure soi-même, par épuisement ou en fuyant les situations sociales, appauvrissant ainsi son réseau et ses opportunités.
Le courage de la transparence
Pourtant, l’expérience montre que le tournant décisif se produit souvent lorsque le mot est posé. Dire «je suis malentendant» ou «je suis malentendante», ce n’est pas avouer une faiblesse, mais offrir une clé de compréhension à son entourage. Bein sûr, le chemin n’est pas toujours bordé de roses: certaines personnes rencontrent des incompréhensions, voire des discriminations. Le risque est réel. Mais le silence, lui, mène inévitablement à une impasse. La transparence, au contraire, invite l’autre à adapter son comportement – par exemple parler face à face, s’exprimer à tour de rôle – ce que l’on fait souvent volontiers une fois informé.
Des outils pour sensibiliser l’entourage
Pour faciliter les échanges, des ressources existent. La plateforme www.voirpourcomprendre.ch, soutenue par FoRom écoute, met gratuitement à disposition affiches, marque-pages et articles didactiques. Ces outils aident à sensibiliser l’entourage aux réalités de la malentendance et proposent des bonnes pratiques simples pour fluidifier la communication au quotidien.
La force du collectif
Au-delà des outils, ce sont les rencontres qui débloquent les situations. Rejoindre des pairs, confronter son vécu à d’autres témoignages et échanger avec des professionnel·le·s permet de réaliser qu’on n’est pas seul·e. C’est précisément pour explorer ces mécanismes de prise de conscience et accompagner cette sortie de l’ombre que nous consacrerons une large place à la parole libre lors de notre prochain congrès, le samedi 30 mai 2026 à Lausanne.
Que vous vous reconnaissiez dans ces silences ou que, au contraire, vous ayez vécu un déclic libérateur, votre expérience compte. Partagez-nous votre témoignage à info@ecoute.ch ou rejoignez-nous pour en discuter de vive voix: il reste encore quelques places pour notre congrès (cliquez ici pour en savoir plus et vous inscrire).
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Photo: Andrew Neel sur Unsplash