Lecture labiale: du réflexe à la compétence

18 août 2026
Publié le :
Beaucoup de personnes malentendantes observent le visage de leur interlocuteur pour mieux comprendre ce qui est dit. Enseignante spécialisée en lecture labiale et elle-même malentendante, Vanessa Favre explique comment ce réflexe peut évoluer vers une véritable compétence.
L'histoire de Vanessa Favre montre que la lecture labiale ne commence pas forcément dans une salle de cours. Comme beaucoup de personnes malentendantes, elle en utilisait déjà certains mécanismes bien avant d'en connaître le nom. C'est en découvrant que cette aptitude pouvait être développée qu'elle choisira, quelques années plus tard, d'en faire son métier.
«Spontanément, je regardais déjà les lèvres»
Tout commence dans une papeterie, alors que Vanessa Favre ne se sait pas encore malentendante. Elle raconte:
«Quand un client me dictait son numéro de téléphone, je confondais souvent les chiffres 6 et 8. Je remarquais en revanche que je faisais moins d’erreurs si je regardais la personne en face.»
Comme beaucoup de personnes dont l'audition diminue progressivement, Vanessa s'était adaptée sans prendre pleinement conscience de sa perte auditive. Sans le savoir, elle compensait déjà par le visuel ce que ses oreilles n'entendaient plus.
Au-delà de l’intuition
Ce réflexe lui permettait de mieux comprendre, mais la lecture labiale intuitive atteint rapidement ses limites. Les «sosies labiaux» rendent certains sons impossibles à distinguer par la seule observation des lèvres, tandis que chaque interlocuteur articule avec ses propres nuances. Pour en faire un réel soutien dans sa vie quotidienne, un apprentissage structuré devient précieux.
Cependant, lorsqu'elle est appareillée pour la première fois, vers l'âge de 30 ans, personne ne lui parle de lecture labiale, ni des organisations susceptibles de l'accompagner. Ce n'est que plus tard, en tombant sur une offre d'emploi d'enseignante en lecture labiale, qu'elle découvre que des cours existent. Elle s'y inscrit, puis entreprend une formation spécialisée, financée par FoRom écoute (devenue Fondation Audition Suisse), qui lui permettra d'en faire son métier. Aujourd'hui, elle accompagne à son tour des adultes qui souhaitent développer leurs compétences en lecture labiale.
Au fil des séances, les participants apprennent à repérer les indices visuels les plus utiles, à mieux interpréter les mouvements de la bouche et à mobiliser plus efficacement les mécanismes de suppléance mentale. La lecture labiale devient alors plus efficace et moins fatigante.
Un autre regard sur soi
La lecture labiale ne transforme certes pas ses pratiquants en agents des services secrets, comme le voudrait un certain imaginaire populaire. Néanmoins, elle permet parfois de révéler des capacités insoupçonnées. «Découvrir que, dans certaines situations, on comprend mieux que des proches entendants est une expérience aussi surprenante que valorisante», explique Vanessa Favre.
🔗 Les cours collectifs de lecture labiale sont offerts par la Fondation Audition Suisse dans une quinzaine de villes en Suisse romande. Consultez notre page web Cours de lecture labiale pour plus de détails sur les cours actuels, ainsi que pour trouver les contacts utiles selon votre région.
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