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De «je dois me débrouiller seule» à «nous pouvons nous adapter ensemble»

8 septembre 2026

Publié le :

Pendant des années, Anne et Sylviane ont mobilisé une énergie considérable. L'une cachait sa malentendance, l'autre s'adaptait sans même comprendre que ses difficultés étaient liées à une perte auditive. Leurs parcours montrent qu'un tournant s'opère lorsque la communication devient une responsabilité partagée.


Les personnes malentendantes apprennent souvent très tôt à s'adapter. Elles anticipent les conversations, devinent les mots manquants ou évitent certaines situations. Ces stratégies permettent souvent de poursuivre une vie professionnelle, sociale et familiale riche, mais elles ont un coût. Les témoignages d'Anne et de Sylviane lors du dernier congrès annuel de la Fondation Audition Suisse (anciennement FoRom écoute) montrent qu'à un moment de leur parcours, une évidence s'est imposée: elles ne pouvaient plus porter seules tout le poids de la communication.


Cacher sa différence... puis décider de ne plus le faire


Pour Anne, la prise de conscience remonte à l'adolescence. Jusqu'alors, se perte auditive unilatérale ne lui avait pas posé de difficultés majeures. Tout change lorsqu'elle entre dans un pensionnat, où les repas sont notamment pris à une longue table. Ne disant rien de sa situation, elle subit les remarques de camarades qui interprètent ses difficultés avec rudesse. «Tu es sourde, ou quoi?», lui lance-t-on régulièrement. Pendant plusieurs années, elle vit cette réalité dans le silence.


A la sortie du pensionnat, elle prend une décision qui ne la quittera plus : dorénavant, elle annoncera d’emblée sa malentendance. Quitte à demander aux personnes de répéter ou de se placer du bon côté. Pour elle, cette transparence n'est pas une résignation. C'est une manière de permettre aux autres de comprendre la situation et d'adapter naturellement leur façon de communiquer.


Découvrir que l'effort peut être partagé


Le parcours de Sylviane est différent. Sa perte auditive n'est diagnostiquée qu'à 26 ans. Jusque-là, elle s'est adaptée, voire suradaptée, sans réaliser qu’elle était malentendante. Même après son diagnostic, elle continue pendant de nombreuses années à fournir de grands efforts, l’audioprothésiste lui ayant indiqué à l’époque qu’aucun appareillage adapté n’était possible. Dans son activité professionnelle, les colloques deviennent pourtant de plus en plus éprouvants. Elle s'équipe d'appareils auditifs, qui ne compensent toutefois pas entièrement sa perte auditive. Et elle continue de considérer que c'est uniquement à elle de combler l'écart avec les personnes entendantes.


Ce n'est que beaucoup plus tard qu'elle réalise qu'elle peut aussi demander des adaptations à son employeur et à ses collègues. Aujourd'hui, elle insiste sur cette idée: les personnes malentendantes font certes la plus grande partie du chemin, mais leur entourage a également un rôle à jouer.


Mettre en œuvre des solutions... ensemble


Cette évolution se retrouve aussi dans les loisirs. Sylviane a suivi différents cours de danse et de tai-chi, mais elle a longtemps rencontré de grandes difficultés, faute de pouvoir suivre toutes les consignes. Aujourd'hui, elle a beaucoup de plaisir à danser le folk. Avec un micro Bluetooth qu’elle donne à la personne en charge du cours, elle reçoit les explications directement dans ses appareils auditifs, en même temps que les autres participants.


Mais encore faut-il expliquer son fonctionnement et, parfois, convaincre. Lorsqu'elle demande à utiliser le micro, ses interlocuteurs cherchent parfois d'abord une autre solution, plus proche de leurs habitudes: «Reste près de moi, je parlerai plus fort». Une proposition qui peut sembler bien intentionnée, mais qui ne correspond pas à son besoin. Sylviane doit alors rappeler que c'est elle qui connaît le mieux les adaptations qui lui permettent rééllement de participer dans les mêmes conditions que les autres. Cette expérience illustre le fait que, si les solutions techniques existent, elles ne sont efficaces que lorsque l'interlocuteur accepte lui aussi de s'adapter.


A l'inverse, l'entourage peut aussi se révéler spontanément un véritable allié. Anne raconte avec le sourire comment son petit-fils, alors âgé de 4 ans, expliquait tout naturellement à sa sœur que leur grand-mère n'entendait pas bien. Pour elle, ce souvenir montre qu'en parlant simplement de sa malentendance, on permet aussi aux autres de mieux comprendre la situation et d'apporter leur soutien.


Changer d’approche


Pendant longtemps, Anne comme Sylviane ont considéré que les difficultés de communication leur appartenaient. Avec le temps, elles ont compris qu'elles pouvaient exprimer leurs besoins et attendre, en retour, quelques adaptations de leur entourage. Un changement de perspective qui ne fait pas disparaître les obstacles, mais qui transforme une difficulté individuelle en responsabilité collective. Car une communication réussie ne dépend jamais d'une seule personne : elle se construit ensemble.



▶️ Pour découvrir ou revoir ces témoignages en vidéo, retrouvez l’interview croisée d’Anne et Sylviane sur YouTube.


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Photo © Sébastien Monachon

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